Mai 2010 : Lettre ouverte de Steve Jobs sur la technologie Flash

C’est dans l’acide que Steve Jobs a trempé sa plume pour rédiger sa nouvelle charge contre Adobe et Flash. Un rien condescendant, il commence par rappeler qu’Apple a vu débuter les fondateurs d’Adobe au fond de leur garage avant, en gros, de leur mettre le pied à l’étrier puis d’investir dans la société à hauteur de 20% de son capital. Le fossé s’est bien creusé depuis. Jobs se lance alors dans l’énumération des points négatifs qui justifient la position d’Apple à l’égard de Flash.

L’ouverture
« Les produits Flash d’Adobe sont 100% propriétaires. Ils sont seulement disponibles chez Adobe qui a toute autorité sur leur développement futur, leur tarification…». Steve Jobs reconnaît tout de même qu’Apple a aussi des produits propriétaires comme l’iPhone OS mais qu’il supporte des standards Internet ouverts tels que l’HTML5, CSS et JavaScript.

Le « full web »
Adobe répète qu’environ 75% des vidéos diffusées en ligne utilisent Flash. « Ce qu’ils ne disent pas c’est que presque toutes ces vidéos sont aussi disponibles dans un format plus moderne, H.264, lisible sur iPhone, iPod et iPad ». Et qu’importe si les jeux en Flash ne peuvent pas tourner sur les produits Apple. Avec 50 000 dans l’AppStore, il y a de quoi faire…

Fiabilité, sécurité, performance
« Flash est la cause N°1 des plantages de Mac ». Jobs accuse Adobe de n’avoir pas réussi à régler les problèmes qui perdurent depuis plusieurs années. Quant à l’arrivée de Flash sur les mobiles, désormais reportée à la seconde moitié de l’année elle fait presque figure d’arlésienne sous la plume du patron d’Apple.

L’autonomie de la batterie
Adobe a beau avoir annoncé le support du H.264 pour gérer l’accélération matérielle (y compris pour Mac OS X 10.6 Snow Leopard, voir la preview de Flash 10.1 « Gala »), la plupart des sites web ne sont pas à jour explique Steve Jobs. Ce qui plombe l’autonomie des terminaux mobiles dont les puces ne sont pas sollicitées pour la vidéo et doivent recourir au décodage logiciel.

L’interface tactile
« Flash a été conçu pour des PC utilisant une souris, pas pour des écrans tactiles ». Là encore, Steve Jobs envoie un message aux éditeurs de sites web en assurant que tous les sites en Flash vont devoir être remaniés pour supporter les interfaces multipoint. Il leur suggère d’en profiter pour adopter des standards modernes comme HTML5, CSS ou JavaScript.

La « raison la plus importante »
Adobe veut proposer des outils de développement multiplate-forme afin de simplifier le portage des applications sur différents OS. Une idée qui fait bondir Steve Jobs pour qui cette stratégie ne peut mener qu’à des applications d’un niveau de qualité moyen. Surtout, le fait qu’une tierce partie vienne s’intercaler entre l’OS et les développeurs rendrait ces derniers tributaires des choix techniques de cet acteur.

« Notre motivation est simple – nous voulons fournir la plateforme la plus innovante et la plus avancée à nos développeurs, et nous voulons qu’ils se tiennent au-dessus de cette plateforme et créent les meilleurs applications que le monde ait jamais vu ». Tombe alors la sentence : « (…) Flash n’est plus nécessaire pour regarder un vidéo ou consommer n’importe quel contenu Internet. Et les 200 000 applications de l’App Store prouvent que Flash n’est pas nécessaire à des milliers de développeurs pour créer des applications graphiquement riches, y compris des jeux ». Il y a certes Apple, mais il n’y a pas qu’Apple…

Un « écran de fumée »
Le P-DG d’Adobe, Shantanu Narayen, a rapidement réagi au texte de Steve Jobs lors d’une interview au Wall Street Journal. Pour lui l’argument technologique mis en avant n’est qu’un « écran de fumée ». « Pour chacune des accusations portées ici, il y a un verrou propriétaire qui empêche Adobe d’innover » estime M. Narayen, qui ajoute que les problèmes de plantages des Mac ont quelque chose à voir avec leur système d’exploitation. Quant à la politique d’Apple envers les développeurs, elle va les contraindre à entretenir deux pôles de développement, pour l’iPhone et les autres OS. (Eureka Presse)

Source : ZDnet